ZArchives IA1

Un témoignage intéressant (et glaçant) d’une « entraineuse d’IA générative »

25 octobre 2025 Jean-Christophe Gilbert 3 min read
Johanna Knox

Johanna Knox, a travaillé 18 mois comme “tasker” pour une entreprise de data annotation qui entraîne des modèles d’IA pour des géants de la tech. Elle décrit un système proche du “turbocapitalisme des plateformes”. Le quotidien est rythmé par des métriques : vitesse, qualité, scores internes.

Éditrice et écrivaine, docteure en philosophie, Johanna décrit un système proche du “turbocapitalisme des plateformes”. Le quotidien est rythmé par des métriques : vitesse, qualité, scores internes.
  • Ce sont des milliers de travailleurs précaires qui produisent, corrigent et notent les données utilisées pour “entraîner” les IA.
  • Ce travail humain est souvent invisible dans le discours sur “l’automatisation”.
  • Les “freelancers” sont traités comme des employés… sans les droits des employés : rémunération de plus en plus faible (de 40 $ à 14 $ / h), changements soudains d’instructions ou de projets, licenciements arbitraires.
  • Le stress est constant : chaque minute compte, les erreurs coûtent des heures non payées.
  • La supervision humaine (comme “Dana”, sa manager) est bienveillante mais impuissante, prise elle aussi dans la machine (Dana sera d’ailleurs licenciée au bout de quelques mois).

« Si quelqu’un pense que ces entreprises ont à cœur les intérêts de l’humanité, je peux vous dire de première main que leur traitement des travailleurs (sans parler de l’environnement) montre le contraire. »

Des travailleurs, ONG et chercheurs commencent à documenter ces pratiques, et à réclamer une IA plus humaine et juste. L’IA peut être très utile, même si elle est parfois survendue. N’oublions pas que derrière ces « monstres aimables » se cachent des entreprises loin d’être bienveillantes.

Knox conclut que ce n’est pas l’intelligence artificielle qu’il faut craindre, mais les milliardaires et les grandes entreprises qui l’exploite. Normal.

Extrait : « En 18 mois, j’ai compris que ce n’est pas l’IA qu’il faut craindre, mais la poignée de milliardaires qui la contrôlent et nous l’imposent. Si quelqu’un croit encore que ces entreprises œuvrent pour le bien de l’humanité, je peux témoigner du contraire : leur manière de traiter leurs travailleurs (et l’environnement) prouve tout le contraire ».

Conclusion ?

La rhétorique autour de la « menace de l’IA » n’est qu’une diversion. Comme l’écrit l’autrice Karen Hao, les grandes entreprises de l’IA deviennent les nouveaux empires. Elles veulent que nous percevions l’IA comme une force irrésistible — que nous devons «embrasser» sous peine d’être «laissés pour compte». Elon Musk (bouffon sous Kétamine), Sam Altman (PDG d’OpenAI, créateur de ChatGPT) et d’autres leaders de la tech prédisent gaiement des vagues de pertes d’emplois tout en peignant le tableau idyllique d’un futur sans travail. Mais beaucoup ressentent déjà les effets concrets et inquiétants de l’IA sur leurs moyens de subsistance. C’est un jeu de chaises musicales : les places se raréfient, et on nous dit qu’il faut bien « s’adapter à l’IA » pour garder la nôtre. Et les autres ? Certains voient l’IA avant tout comme un outil de pression salariale, aggravant encore les inégalités. Tout cela est-il vraiment inévitable ? De plus en plus de gens se battent : ils racontent leurs histoires de travailleurs, protestent, s’opposent aux data centers destructeurs, ou tentent d’influencer la régulation de l’IA dans un sens plus humain. Mais face à la richesse colossale, au pouvoir politique et à l’égoïsme de la Silicon Valley, rien ne changera… à moins qu’on y croie.