C’est quoi un éleveur d’IA artisanales — locales, souveraines et open source ?

Un éleveur, ça observe, ça sélectionne, ça nourrit, ça corrige, et surtout… ça ne force pas la croissance.


Mon IA, je ne la “lance” pas.
Je la fais grandir.

  • Je choisis ce qu’elle mange
    (les contenus indexés, le manifeste, les pages piliers)
  • Je surveille comment elle réagit
    (questions ratées, réponses trop longues, angles morts)
  • Je taille quand ça part en brioche
    (trop de contexte, trop de généralités, trop d’ego modèle)
  • J’accepte qu’elle n’ait pas réponse à tout
    → une IA bien élevée sait dire “je ne sais pas”

Bonne nouvelle

IA1 est déjà bien née.

Pourquoi ?

  • Elle est locale → pas stressée par des flux mondiaux
  • Elle est sobre → pas gavée de tokens inutiles
  • Elle est explicable → on sait pourquoi elle répond ça

On est donc sur de l’élevage, pas de l’industrialisation.


Ce que doit faire un bon éleveur maintenant

Sans en faire des caisses, vraiment :

  1. Stabiliser l’alimentation
    • Moins de contenu, mais mieux hiérarchisé
    • Pages mères / pages filles clairement distinguées
  2. Observer les comportements
    • Quelles questions reviennent ?
    • Où elle hésite ?
    • Où elle sur-interprète ?
  3. Corriger à la main
    • Un prompt, c’est comme un coup de sécateur
    • Peu, mais au bon endroit
  4. Laisser du temps
    • Une IA élevée trop vite devient nerveuse
    • Une IA élevée lentement devient fiable

Éleveur ≠ propriétaire

Point important :
Je ne suis pas le maître.
Je suis le gardien.

Mon rôle, c’est :

  • garantir un cadre sain
  • éviter les dérives
  • transmettre un savoir-faire

C’est exactement ce que raconte IA1 sans le dire trop fort.


Cette semaine, je vais :

  • prendre 3 réponses ratées ou moyennes
  • les disséquer calmement
  • ajuster l’alimentation ou le cadre

Rien de spectaculaire.
Juste du bon élevage.

Je peux me tromper mais j’ai l’impression que de moins en moins de monde vont sur le web « tradi ». J’ai raison ou bien ?

Du coup, je me suis rencardé #normal. La réalité est un peu plus nuancée qu’une simple disparition : on assiste plutôt à une fragmentation et à un confinement des usages. En 2026, les données montrent que le « Web ouvert » (sites consultés via un bon vieux navigateur des familles comme Chrome ou Safari) perd effectivement du terrain face à deux mastodontes : les applications mobiles et, plus récemment, les IA génératives.

Voici les chiffres et tendances clés pour y voir plus clair (source Gemini + Chat GPT) :

1. Le « Mobile-First » est devenu « App-Only »

Aujourd’hui, le mobile représente environ 64 % du trafic web mondial. Au sein de ce trafic, le temps passé sur un navigateur (le web « tradi ») est minuscule comparé au temps passé dans les applications.

  • Concrètement : Un utilisateur passe en moyenne 18 fois plus de temps sur une application e-commerce que sur la version web mobile du même site. Enoôrme (voix de Fabrice Luchini)
  • Le réflexe App : Pour les réseaux sociaux, la vidéo (TikTok, YouTube) ou les services (banque, météo), le passage par un navigateur est devenu l’exception plutôt que la règle.

2. Le phénomène du « Zero-Click »

C’est sans doute le point qui confirme le plus mon impression. Avec l’intégration des IA, la manière de chercher a changé :

  • 60 % à 70 % des recherches Google se terminent désormais sans qu’aucun clic ne soit fait vers un site web.
  • L’utilisateur obtient sa réponse directement sur la page de résultats. Le web « tradi » devient alors une simple base de données pour l’IA, sans que l’internaute n’ait besoin de visiter la source.

3. La Consommation Passive vs Navigation Active

Le web des années 2000-2010 était basé sur la navigation (on « surfait »). Le web actuel est basé sur le flux (le « feed ») :

  • 87 % des adultes privilégient désormais les formats vidéo courts (Reels, TikTok) pour s’informer ou se divertir.
  • Le temps moyen passé sur les réseaux sociaux est d’environ 2h21 par jour, grignotant le temps autrefois alloué à la lecture d’articles ou à la visite de blogs.

4. Ce qui résiste encore (Le Web « Desktop »)

Le web traditionnel survit principalement dans deux bastions :

  • Le monde professionnel (B2B) : Pour les tâches complexes, la création de contenu ou la gestion administrative, l’ordinateur de bureau et le navigateur restent les outils rois.
  • Le SEO « Deep » : Les recherches nécessitant une expertise profonde ou une comparaison détaillée continuent de driver du trafic vers les sites de référence, même si le volume global baisse.

En résumé : on ne va pas moins sur Internet, on y va même plus (environ 5h23 par jour pour un Français moyen), mais on sort de moins en moins des « jardins fermés » (Apps, réseaux sociaux, interfaces d’IA).

Tout est bien qui finit bien

L’épilogue de mes petits déboires avec les éditions POL finit bien avec le petit mail reçu ce matin

Cher Monsieur Gilbert,

Nous comprenons parfaitement votre message, et nous vous présentons nos excuses pour le délai avec lequel cette situation a été corrigée.

Pour vous apporter une explication factuelle : à la suite de la première demande formulée fin 2025, nous avions bien fait modifier les fichiers sources du livre. Ces fichiers ont été actualisés dans nos bases de données ainsi que sur les sites marchands. Nous pensions, à tort, que les extraits « à feuilleter » visibles sur notre site se régénéraient automatiquement à partir de ces nouveaux fichiers. Cela n’a malheureusement pas été le cas. Le fichier complet était corrigé, mais l’extrait fautif.

La situation est désormais régularisée sur notre site. Si d’autres extraits « à feuilleter » issus d’anciens fichiers devaient subsister en ligne, cela sera corrigé dans les prochains jours. Ces sites n’effectuant pas leurs mises à jour simultanément.

Soyez assuré que nous avons pris la mesure du problème et que nous veillons désormais à sa complète résolution.

En nous excusant encore,

Bien cordialement,
 

J’ai bien vérifié sur leur site, le ménage a été fait et la dédicace de l’assassin n’y figure plus. On va pouvoir passer à autre chose et c’est tant mieux.

La fortune cumulée des 12 milliardaires les plus riches de la planète est désormais supérieure à la richesse totale détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit environ 4,1 milliards de personnes

Le dernier rapport d’Oxfam, intitulé « Résister au règne des plus riches« , confirme précisément ces chiffres édifiants :

Les chiffres clés (Rapport 2026)

  • Les 12 plus riches : La fortune cumulée des 12 milliardaires les plus riches de la planète est désormais supérieure à la richesse totale détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit environ 4,1 milliards de personnes.
  • Un record historique : La richesse mondiale des milliardaires a atteint un sommet de 18 300 milliards de dollars en 2025.
  • Une accélération fulgurante : En 2025, la fortune des ultra-riches a augmenté trois fois plus vite que la moyenne des cinq années précédentes.
  • L’écart creusé : Rien que l’augmentation de la richesse des milliardaires l’année dernière (2 500 milliards de dollars) suffirait à éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde 26 fois.

Le contexte de cette « explosion »

Le rapport souligne que cette concentration de richesse n’est pas un accident mais le résultat de choix politiques, notamment aux États-Unis et en Europe, favorisant les baisses d’impôts pour les plus riches et la croissance des actions liées à l’intelligence artificielle.


Précision : je n’ai rien contre le fait que des gars gagnent des thunes. Plein. Mais que le monde compte pour la première fois plus de 3 000 milliardaires alors qu’une personne sur quatre souffre de la faim me colle les bouboules. Voilà.

Comme le souligne Agnès Callamard (secréatire générale d’Amnesty Internetional) dans son édito : Ce rapport montre sans équivoque que ces deux tendances profondément préoccupantes que sont la montée de l’autoritarisme et l’intensification des inégalités ne sont pas des problèmes ou des dilemmes distincts. Elles sont au contraire intrinsèquement liées, car les gouvernements du monde entier prennent le parti des puissant·es, et non du peuple, et préfèrent la répression à la redistribution.

Il est impératif de protéger nos droits civils et politiques durement acquis : liberté de réunion, liberté d’expression et liberté d’organisation.

La contestation constitue un fondement des sociétés équitables et démocratiques, rempart indispensable face aux dérives autoritaires. Il est tout aussi important que les droits sociaux et économiques de tou·tes soient respectés. Ces droits, qui couvrent les besoins fondamentaux tels que l’alimentation, l’eau, le logement, les soins de santé et l’éducation, sont essentiels pour mener une vie digne.

Les faits démontrent que la réalisation de l’ensemble de ces droits humains suppose impérativement une réduction rapide des inégalités. Il est urgent de combler le fossé entre les ultra-riches et le reste de la société.

Qui sont ces 12 personnes ?

Selon le classement Forbes 2025/2026, ce groupe est largement dominé par les secteurs de la technologie et du luxe :

  1. Elon Musk (Tesla, SpaceX) – Premier homme à avoir dépassé les 700 milliards de dollars en 2025.
  2. Mark Zuckerberg (Meta)
  3. Jeff Bezos (Amazon)
  4. Larry Ellison (Oracle)
  5. Bernard Arnault (LVMH) – Le premier Français du classement #cocorico
  6. Warren Buffett (Berkshire Hathaway)
  7. Larry Page (Google)
  8. Sergey Brin (Google)
  9. Amancio Ortega (Zara)
  10. Steve Ballmer (Microsoft)
  11. Rob Walton (Walmart)
  12. Jim Walton (Walmart)

Qui est Curtis Yarvin ?

Curtis Yarvin (né en 1973) (10 ans après moi) est considéré comme le principal théoricien du mouvement néoréactionnaire (ou NRx), aussi appelé les « Lumières obscures » (Dark Enlightenment). Un nom pareil, ça ne s’invente pas. Pour être on-ne-peut-plus concret, Curtis Yarvin est une des principales figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu. Smiley qui gerbe.

1. Pensée politique : La fin de la démocratie

Curtis Yarvin soutient mordicus que la démocratie est un système inefficace et brisé. Il propose de la remplacer par une structure inspirée des entreprises de la Silicon Valley #miamiam

  • Le Gouvernement-Entreprise : Il plaide pour que l’État soit géré comme une startup, avec un « techno-César » ou un PDG souverain doté d’un pouvoir absolu, rendant des comptes à des actionnaires plutôt qu’à des électeurs.
  • La « Cathédrale » : C’est le terme qu’il utilise pour désigner l’alliance entre les universités et les grands médias, qui, selon lui, impose un consensus progressiste et contrôle réellement le pouvoir aux États-Unis.
  • Le « Hard Reset » : Yarvin prône une refonte complète du système (comparable à un redémarrage informatique), incluant le licenciement massif des fonctionnaires (concept résumé par l’acronyme RAGE : Retire All Government Employees).

2. Influence et réseaux

Bien qu’il soit resté longtemps une figure marginale de la blogosphère, ses idées ont gagné en visibilité ces dernières années :

  • Proximité avec la Tech : Ses thèses séduisent certains milieux libertariens de la Silicon Valley, notamment l’investisseur Peter Thiel et l’entrepreneur Marc Andreessen.
  • Lien avec l’administration Trump : Ses idées influenceraient des figures importantes comme le vice-président J.D. Vance, qui a déjà cité Yarvin ou repris certaines de ses thématiques sur la déconstruction de l’État administratif.

3. Controverses

Yarvin est une figure très controversée en raison de ses positions radicales :

  • Hiérarchie et inégalité : Il rejette l’égalitarisme moderne et prône un retour à des structures sociales hiérarchiques.
  • Propos sur l’esclavage : Certains de ses écrits passés (notamment en 2009) ont été critiqués pour avoir suggéré que certaines populations pourraient être – je cite – « biologiquement mieux adaptées à des formes de servitude« . Smiley qui regerbe.
  • Césarisme : Son apologie d’un pouvoir autoritaire centralisé le place en opposition frontale avec les valeurs libérales et républicaines classiques.

Le concept de la « Cathédrale »

Pour Yarvin, le véritable pouvoir ne réside pas à la Maison-Blanche ou au Congrès, mais dans un réseau décentralisé qu’il nomme la Cathédrale.

  • Composition : Elle regroupe les universités prestigieuses (Ivy League), les grands médias (comme le New York Times) et la bureaucratie d’État.
  • Fonctionnement : Ce n’est pas une conspiration formelle avec un chef, mais un système d’incitations. Les idées sont produites à l’université, validées par les médias, et transformées en politiques par les fonctionnaires.
  • L’Effet : Selon lui, la Cathédrale fabrique l’opinion publique et rend toute opposition « illégitime » ou « irrationnelle ». Il compare le fait de sortir de ce système à une « pilule rouge » (Red Pill), une métaphore issue de Matrix qu’il a largement contribué à populariser dans les cercles politiques.

Influence sur J.D. Vance et la « Nouvelle Droite »

L’influence de Yarvin est passée de blogs obscurs aux plus hauts niveaux de l’État américain via la « Nouvelle Droite » (New Right) et on ne sera pas surpris outre-mesure si certains propos d’une certaine croite semblent directement inspirés de ces nouvelles thèses. Toxiques.

  • J.D. Vance : Le vice-président a admis avoir lu Yarvin et partage son constat sur l’inefficacité de l’administration actuelle. Vance a notamment repris l’idée de Yarvin selon laquelle un président devrait licencier chaque fonctionnaire de carrière et les remplacer par « nos gens », tout en défiant la Cour Suprême si nécessaire.
  • L’idée du « Coup d’État administratif » : Yarvin suggère que pour sauver la nation, un leader doit suspendre temporairement les règles démocratiques pour démanteler la Cathédrale. C’est ce que Vance et d’autres appellent le « combat contre l’État profond« .

Le rôle de Peter Thiel

On ne peut pas comprendre l’ascension de Yarvin sans Peter Thiel (cofondateur de PayPal et Palantir).

  • Peter Thiel a été l’un des premiers investisseurs de la startup de Yarvin, Urbit.
  • En 2009, Thiel écrivait : « Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles », une phrase qui résonne parfaitement avec la philosophie néoréactionnaire de Yarvin. Thiel sert de pont financier et idéologique entre ces idées radicales et les politiciens qu’il soutient.
Curtis Yarvin
Curtis Yarvin

Pourquoi est-ce important aujourd’hui ?

Contrairement à la droite conservatrice traditionnelle qui veut « réduire la taille de l’État », Yarvin et ses disciples veulent s’emparer de l’État pour le transformer en un outil de pouvoir absolu afin de briser le consensus progressiste.

Le projet Urbit, lancé par Curtis Yarvin en 2002 (via sa société Tlon), est sans doute l’aspect le plus concret de sa vision du monde. Il s’agit d’une tentative de reconstruire l’informatique à partir de zéro pour échapper au contrôle des géants du Web (la « Cathédrale »).

Voici les points clés du projet, étayés par ses principes techniques et idéologiques.

La philosophie : « L’informatique souveraine »

Pour Yarvin, l’internet actuel est cassé car nous sommes des « locataires » sur les serveurs de Google ou Facebook. Urbit vise à faire de chaque utilisateur un propriétaire de son propre serveur personnel.

  • Indépendance : L’objectif est de supprimer les intermédiaires. Votre identité, vos fichiers et vos applications ne dépendent plus d’une entreprise, mais d’une clé cryptographique que vous possédez.
  • Durabilité : Yarvin décrit Urbit comme un « ordinateur pour 100 ans ». Le système est conçu pour être figé une fois terminé, afin de ne jamais nécessiter de mises à jour cassant la compatibilité.

Une structure féodale numérique

C’est ici que la technique rejoint la politique de Yarvin. Urbit n’est pas une démocratie égalitaire, mais une hiérarchie strictement ordonnée de titres de propriété (identités numériques) basés sur la rareté :

  • Les Galaxies (256) : Le sommet de la pyramide (les « sénateurs »). Elles gèrent le réseau et le routage.
  • Les Étoiles (65 536) : Elles agissent comme des fournisseurs d’infrastructure pour les utilisateurs finaux.
  • Les Planètes (~4 milliards) : Ce sont les comptes pour les utilisateurs individuels.

Le projet Urbit, lancé par Curtis Yarvin en 2002 (via sa société Tlon), est sans doute l’aspect le plus concret de sa vision du monde. Il s’agit d’une tentative de reconstruire l’informatique à partir de zéro pour échapper au contrôle des géants du Web (la « Cathédrale »).

(Source : Unqualified Reservations, 2009).

Une prouesse (ou une folie) technique

Urbit ne tourne pas sur Windows ou Linux. Il utilise sa propre pile logicielle complète :

  • Nock : Un langage machine ultra-minimaliste (l’équivalent de l’assembleur).
  • Hoon : Un langage de programmation de haut niveau, réputé pour être extrêmement difficile à apprendre et volontairement obscur.
  • Arvo : Le système d’exploitation fonctionnel. Les détracteurs, comme ceux sur Hacker News, critiquent souvent cette complexité comme étant une forme de « sectarisme technologique » visant à exclure ceux qui ne font pas partie de l’élite initiée.

Liens avec le réseau de Yarvin

Bien que Yarvin se soit officiellement retiré du projet en 2019 pour se consacrer à ses écrits, Urbit reste soutenu par son écosystème :

  • Financement : Peter Thiel a injecté des fonds dès le début via Founders Fund.
  • Communauté : Le projet attire une communauté de développeurs « dissidents », d’artistes d’avant-garde et de libertariens radicaux qui cherchent à bâtir une société parallèle hors de portée de la modération des réseaux sociaux classiques.

Sources pour aller plus loin :

  1. Technique : Le site officiel urbit.org détaille la documentation du langage Hoon et de la machine virtuelle Nock.
  2. Idéologique : L’essai de Yarvin « Urbit: A personal cloud » explique sa vision d’un internet sans « seigneurs de plateformes ».
  3. Critique : L’article « The Rise and Fall of Urbit » dans Compact Magazine (2025) analyse les limites politiques et techniques du projet.
  4. Analyse politique : Le livre « The Dark Enlightenment » de Nick Land, qui théorise la fusion entre l’informatique d’Urbit et la pensée réactionnaire de Yarvin.
Curtis Yarvin est la figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu.
Curtis Yarvin est la figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu.

Tout peuple qui s’endort en liberté se réveillera en servitude

C’est l’avertissement du philosophe Alain. On ne bascule pas du jour au lendemain dans un régime autoritaire. Ceux qui, à travers l’histoire, y ont plongé, n’étaient pas beaucoup plus bête que nous. Pas plus cons ni plus méchants. On y glisse doucement, sans fracas, à force de petits renoncement et d’inconscience.

Ça commence par des mots vidés de leur sens, des réalités travesties, des discours qui banalisent ce qui ne devrait pas l’être. Et puis, un beau matin, on réalise que la démocratie n’existe plus. On n’est même pas stupéfait.e. On est impuissant.e. Aujourd’hui, entre deux saluts nazis, l’hommage d’une partie de la presse à un homme qui a dédié sa vie à la haine et à la division, une discrimination de plus en plus assumée des minorités, des menaces de mort répétées à l’encontre d’artistes, d’activistes, d’avocats, de journalistes, vous ne l’entendez pas ? La petite musique qui monte.

Cette musique, ce n’est pas une mélodie

C’est le bruit assourdissant de la sonnette d’alarme. Nous y sommes, à ce moment charnière, où nous pouvons encore réagir. Nous pouvons encore faire du bruit. Nous pouvons encore mettre en lumière les faits vérifiés pour déchirer l’obscurantisme qui menace. Nous pouvons encore dire haut et fort que nous ne voulons pas de ce monde là. Nous pouvons utiliser nos droits tant que nous les avons. Le droit d’informer, le droit de nous rassembler, le droit de créer, le droit de rire et de faire rire, le droit d’affirmer notre envie de solidarité, notre besoin d’humanité.

La démocratie ne meurt que si on la laisse mourir

Nous avons encore le droit de résister de toutes nos forces à ce vent de haine et d’intolérance ; après tout : la démocratie ne meurt que si on la laisse mourir. Pour reprendre les mots de Cyril Dion : « Il est peut être temps d’arrêter de se demander de quel côté de l’histoire nous aurions été à l’époque, pour se demander de quel côté nous voulons être aujourd’hui ».


Salomé Saqué |Droit dans les yeux |La Grande Libraire | France 5

Résister, c’est refuser de céder au désespoir

Ma résistance à moi, pour 2026, ce sera donc de rester plein gaz quand tout partira en brioche.

Bon, ma résistance, c’est pas Jean Moulin non plus, on est d’accord. L’idée générale c’est juste de refuser de se laisser écraser dominer par la peur la panique ou le renoncement. Garder la ouache. Ne pas faire semblant de. Ne pas nier la douleur. Décider de ne pas la laisser gagner. De continuer à voir ce qui tient encore debout, les petits bouts d’éclats de lumière, même quand l’ambiance générale tire gravement vers le dark.

Parce qu’en face, faut reconnaître : ça pousse fort. Les guerres culturelles de l’extrême droite, leurs discours identitaires bien rodés, leur présence partout — dans les médias, les réseaux, les milieux d’affaires — finissent par me coller les chocottes. Pas que moi. Pour nous, les fondu.e.s qui tiennent encore un petit peu à deux trois principes de libertés : l’horizon se rétrécit. Grave. La haine et la peur occupent le terrain ; la démocratie s’effrite doucement mais surement, là, maintenant, sous nos yeux, partout, on sent bien que nos libertés se rétrécissent à mesure que la fenêtre d’Overton devient une baie vitrée.

L’hymne à la joie

Même quand la gauche part en lambeaux et la droite à la rue (et inversement) ; quand les médias Bolloréo-réactionnaires carburent à pleine banane, que Coin-coin déconne à plein tuyaux et que le monde entier bascule, eh bien quelque chose résiste. Par en bas. Des collectifs, des assos, des syndicats, des artistes, des médias indépendants, des gens et des trucs s’organisent. Ça ne fait pas toujours la une, mais c’est bien réel. Cette résistance a besoin de bras, de têtes, d’argent, de solidarité. Et aussi, bien sûr, d’un peu de joie. Eh oui. Une joie têtue, pas niaise. Une joie qui tient debout, qui donne de l’énergie, qui empêche la peur de faire la loi. Parce que sans ça, on s’épuise. Et eux, ils n’attendent que ça. Je ne mépuiserais pas en 2026, et que ce premier texte de l’année serve au moins à bien caler ça bien droit : « Résister, c’est refuser de céder au désespoir« . On dira ce qu’on voudra sur Jean-Paul Sartre, mais celle-là, elle est de lui, et elle est pas mal.

Bonne année.

C’est les fêtes de fin d’année, on a encore bien le droit de rêver un petit peu ou bien ?

Entre géants technologiques et État surpuissant + la montée en flèche de l’extrème droite un petit peu partout, c’est terrible, horrible, mais c’est comme ça : un nouveau régime politique est en train de s’installer. Loin d’une simple crise de la démocratie, Asma Mhalla dénonce un « fascisme spectacle » et un « totalitarisme soft » où notre attention est la cible. Le cirque incessant de Coin-coin n’est pas qu’une mauvaise hallucination. Les boufons sous Ketamine sont en train de nous la coller dans les grandes largeurs. L’enchevêtrement redoutablement efficace entre technologies, grandes plateformes, pouvoir politique et puissance de l’argent montre comment cette alliance infiltre la politique, la géopolitique, nos vies quotidiennes, et dessine en creux plusieurs futurs possibles (globalement de merde).

Rien n’est écrit d’avance, mais une chose est sûre : comprendre est devenu une condition préalable pour agir.

L’Europe : arbitre sans sifflet

Dans ce contexte, l’Europe et la France apparaissent reléguées sur le banc de touche face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie. Faute de stratégie de puissance, l’Europe tente de contenir par le droit ce qu’elle ne maîtrise pas technologiquement. Et c’est peu dire que c’est pas grand chose. Mais bon.

Quel avenir bordel ?

Reste la question centrale : que faire ? Asma Mhalla explore plusieurs pistes — co-gouvernance transatlantique, retour du lien nation-armée, émergence d’un « Big Citizen » — autant de tentatives pour redistribuer les cartes du pouvoir et du débat démocratique. L’enjeu est clair : éviter d’être aspirés par l’hypervitesse et la fusion incontrôlée du réel et du virtuel. De mon point de vue, la sortie la plus crédible — mais bon — passe par la reconquête de notre indépendance. Quitte à faire un peu sourire mais je m’en fous, en 2026, avec mon copain Stéphane Chauvin : on lance notre propre IA.

Nous voulons faire de chaque territoire un territoire qui maîtrise mieux son rapport au numérique

J’ai passé une large partir de ma vie à battre et rebattre la campagne (j’habite à Niort dans les Deux-Sèvres) pour convaincre encore et encore les élu.e.s, patrons de boîtes, gens de prendre le numérique au sérieux. De son développement, à son hébergement, jusqu’à son usage concret dans la vie de ses habitant.e.s, ses entreprises et ses institutions locales. L’IA ne doit pas être une boîte noire inaccessible. Les réseaux sociaux ne doivent pas être q’une propagande dangereuse et toxique. Le numérique peut également être une technologie au service du bien commun, compréhensible, auditable et responsable. Par tous et pour tous. Pour ça, tournezou, virezou, une seule alternative : développer ça nous-mêmes, chez nous, ensemble. Voilà. C’est les fêtes de fin d’année, on a encore bien le droit de rêver un petit peu ou bien ?

Je vous embrasse, bonnes fêtes et à l’année prochaine.

La Maladie de Sachs (suite)

Mettons les choses au clair. Martin Winckler a très clairement répondu à mon précédent post sur son blog « Je regrette sincèrement la dédicace de « La Maladie de Sachs » le 12 novembre dernier.
Il a reconnu le problème.
Il a présenté des excuses publiques, écrites, assumées.
Sur ce point, je n’ai strictement rien à lui reprocher.

Le problème est désormais ailleurs.

À ce jour (mardi 30 décembre 2025), les éditions P.O.L. maintiennent en ligne, sur leur site, la dédicace originale de La Maladie de Sachs, mentionnant toujours le nom de Christian Koenig — l’homme qui a assassiné ma mère en 1992, condamné par contumace.

Ce n’est plus une question de débat.
Ce n’est plus une question d’ignorance.
Ce n’est plus une question d’auteur.
C’est une question d’exécution – si je puis m’exprimer ainsi*

Supprimer une dédicace d’une page web doit prendre environ deux minutes trente. Un coup de blanco sur l’écran et zou. Il n’y a ni obstacle technique, ni complexité juridique, ni aucune justification éditoriale valable. Juste une forme de paresse, oubli, inconséquence, on verra ça plus tard, trois petits points.

À partir du moment où l’auteur lui-même reconnaît que cette dédicace est une erreur, le maintien en ligne par l’éditeur devient un choix.

Et ce choix est, pour les proches de la victime, à force, pénible.

Je ne demande rien d’extraordinaire.
Je ne réclame ni excuses supplémentaires, ni discours, ni mise en scène.
Je demande simplement que cesse, aujourd’hui, l’exposition publique du nom d’un assassin sur le site d’un éditeur reconnu.

Il est temps que les équipes techniques de P.O.L. retirent leurs moufles.
Et fassent ce qui aurait déjà dû être fait. Depuis bien longtemps.

J’attends.

Capture d’écran réalisée à partir du site de l’éditeur : https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-86744-603-0 | Nous sommes le mardi 30 décembre 2025.

* Maman avait beaucoup d’humour.