Qui est Curtis Yarvin ?

Curtis Yarvin (né en 1973) (10 ans après moi) est considéré comme le principal théoricien du mouvement néoréactionnaire (ou NRx), aussi appelé les « Lumières obscures » (Dark Enlightenment). Un nom pareil, ça ne s’invente pas. Pour être on-ne-peut-plus concret, Curtis Yarvin est une des principales figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu. Smiley qui gerbe.

1. Pensée politique : La fin de la démocratie

Curtis Yarvin soutient mordicus que la démocratie est un système inefficace et brisé. Il propose de la remplacer par une structure inspirée des entreprises de la Silicon Valley #miamiam

  • Le Gouvernement-Entreprise : Il plaide pour que l’État soit géré comme une startup, avec un « techno-César » ou un PDG souverain doté d’un pouvoir absolu, rendant des comptes à des actionnaires plutôt qu’à des électeurs.
  • La « Cathédrale » : C’est le terme qu’il utilise pour désigner l’alliance entre les universités et les grands médias, qui, selon lui, impose un consensus progressiste et contrôle réellement le pouvoir aux États-Unis.
  • Le « Hard Reset » : Yarvin prône une refonte complète du système (comparable à un redémarrage informatique), incluant le licenciement massif des fonctionnaires (concept résumé par l’acronyme RAGE : Retire All Government Employees).

2. Influence et réseaux

Bien qu’il soit resté longtemps une figure marginale de la blogosphère, ses idées ont gagné en visibilité ces dernières années :

  • Proximité avec la Tech : Ses thèses séduisent certains milieux libertariens de la Silicon Valley, notamment l’investisseur Peter Thiel et l’entrepreneur Marc Andreessen.
  • Lien avec l’administration Trump : Ses idées influenceraient des figures importantes comme le vice-président J.D. Vance, qui a déjà cité Yarvin ou repris certaines de ses thématiques sur la déconstruction de l’État administratif.

3. Controverses

Yarvin est une figure très controversée en raison de ses positions radicales :

  • Hiérarchie et inégalité : Il rejette l’égalitarisme moderne et prône un retour à des structures sociales hiérarchiques.
  • Propos sur l’esclavage : Certains de ses écrits passés (notamment en 2009) ont été critiqués pour avoir suggéré que certaines populations pourraient être – je cite – « biologiquement mieux adaptées à des formes de servitude« . Smiley qui regerbe.
  • Césarisme : Son apologie d’un pouvoir autoritaire centralisé le place en opposition frontale avec les valeurs libérales et républicaines classiques.

Le concept de la « Cathédrale »

Pour Yarvin, le véritable pouvoir ne réside pas à la Maison-Blanche ou au Congrès, mais dans un réseau décentralisé qu’il nomme la Cathédrale.

  • Composition : Elle regroupe les universités prestigieuses (Ivy League), les grands médias (comme le New York Times) et la bureaucratie d’État.
  • Fonctionnement : Ce n’est pas une conspiration formelle avec un chef, mais un système d’incitations. Les idées sont produites à l’université, validées par les médias, et transformées en politiques par les fonctionnaires.
  • L’Effet : Selon lui, la Cathédrale fabrique l’opinion publique et rend toute opposition « illégitime » ou « irrationnelle ». Il compare le fait de sortir de ce système à une « pilule rouge » (Red Pill), une métaphore issue de Matrix qu’il a largement contribué à populariser dans les cercles politiques.

Influence sur J.D. Vance et la « Nouvelle Droite »

L’influence de Yarvin est passée de blogs obscurs aux plus hauts niveaux de l’État américain via la « Nouvelle Droite » (New Right) et on ne sera pas surpris outre-mesure si certains propos d’une certaine croite semblent directement inspirés de ces nouvelles thèses. Toxiques.

  • J.D. Vance : Le vice-président a admis avoir lu Yarvin et partage son constat sur l’inefficacité de l’administration actuelle. Vance a notamment repris l’idée de Yarvin selon laquelle un président devrait licencier chaque fonctionnaire de carrière et les remplacer par « nos gens », tout en défiant la Cour Suprême si nécessaire.
  • L’idée du « Coup d’État administratif » : Yarvin suggère que pour sauver la nation, un leader doit suspendre temporairement les règles démocratiques pour démanteler la Cathédrale. C’est ce que Vance et d’autres appellent le « combat contre l’État profond« .

Le rôle de Peter Thiel

On ne peut pas comprendre l’ascension de Yarvin sans Peter Thiel (cofondateur de PayPal et Palantir).

  • Peter Thiel a été l’un des premiers investisseurs de la startup de Yarvin, Urbit.
  • En 2009, Thiel écrivait : « Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles », une phrase qui résonne parfaitement avec la philosophie néoréactionnaire de Yarvin. Thiel sert de pont financier et idéologique entre ces idées radicales et les politiciens qu’il soutient.
Curtis Yarvin
Curtis Yarvin

Pourquoi est-ce important aujourd’hui ?

Contrairement à la droite conservatrice traditionnelle qui veut « réduire la taille de l’État », Yarvin et ses disciples veulent s’emparer de l’État pour le transformer en un outil de pouvoir absolu afin de briser le consensus progressiste.

Le projet Urbit, lancé par Curtis Yarvin en 2002 (via sa société Tlon), est sans doute l’aspect le plus concret de sa vision du monde. Il s’agit d’une tentative de reconstruire l’informatique à partir de zéro pour échapper au contrôle des géants du Web (la « Cathédrale »).

Voici les points clés du projet, étayés par ses principes techniques et idéologiques.

La philosophie : « L’informatique souveraine »

Pour Yarvin, l’internet actuel est cassé car nous sommes des « locataires » sur les serveurs de Google ou Facebook. Urbit vise à faire de chaque utilisateur un propriétaire de son propre serveur personnel.

  • Indépendance : L’objectif est de supprimer les intermédiaires. Votre identité, vos fichiers et vos applications ne dépendent plus d’une entreprise, mais d’une clé cryptographique que vous possédez.
  • Durabilité : Yarvin décrit Urbit comme un « ordinateur pour 100 ans ». Le système est conçu pour être figé une fois terminé, afin de ne jamais nécessiter de mises à jour cassant la compatibilité.

Une structure féodale numérique

C’est ici que la technique rejoint la politique de Yarvin. Urbit n’est pas une démocratie égalitaire, mais une hiérarchie strictement ordonnée de titres de propriété (identités numériques) basés sur la rareté :

  • Les Galaxies (256) : Le sommet de la pyramide (les « sénateurs »). Elles gèrent le réseau et le routage.
  • Les Étoiles (65 536) : Elles agissent comme des fournisseurs d’infrastructure pour les utilisateurs finaux.
  • Les Planètes (~4 milliards) : Ce sont les comptes pour les utilisateurs individuels.

Le projet Urbit, lancé par Curtis Yarvin en 2002 (via sa société Tlon), est sans doute l’aspect le plus concret de sa vision du monde. Il s’agit d’une tentative de reconstruire l’informatique à partir de zéro pour échapper au contrôle des géants du Web (la « Cathédrale »).

(Source : Unqualified Reservations, 2009).

Une prouesse (ou une folie) technique

Urbit ne tourne pas sur Windows ou Linux. Il utilise sa propre pile logicielle complète :

  • Nock : Un langage machine ultra-minimaliste (l’équivalent de l’assembleur).
  • Hoon : Un langage de programmation de haut niveau, réputé pour être extrêmement difficile à apprendre et volontairement obscur.
  • Arvo : Le système d’exploitation fonctionnel. Les détracteurs, comme ceux sur Hacker News, critiquent souvent cette complexité comme étant une forme de « sectarisme technologique » visant à exclure ceux qui ne font pas partie de l’élite initiée.

Liens avec le réseau de Yarvin

Bien que Yarvin se soit officiellement retiré du projet en 2019 pour se consacrer à ses écrits, Urbit reste soutenu par son écosystème :

  • Financement : Peter Thiel a injecté des fonds dès le début via Founders Fund.
  • Communauté : Le projet attire une communauté de développeurs « dissidents », d’artistes d’avant-garde et de libertariens radicaux qui cherchent à bâtir une société parallèle hors de portée de la modération des réseaux sociaux classiques.

Sources pour aller plus loin :

  1. Technique : Le site officiel urbit.org détaille la documentation du langage Hoon et de la machine virtuelle Nock.
  2. Idéologique : L’essai de Yarvin « Urbit: A personal cloud » explique sa vision d’un internet sans « seigneurs de plateformes ».
  3. Critique : L’article « The Rise and Fall of Urbit » dans Compact Magazine (2025) analyse les limites politiques et techniques du projet.
  4. Analyse politique : Le livre « The Dark Enlightenment » de Nick Land, qui théorise la fusion entre l’informatique d’Urbit et la pensée réactionnaire de Yarvin.
Curtis Yarvin est la figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu.
Curtis Yarvin est la figure intellectuelle qui émerge de la galaxie trumpiste. Son projet politique, défini comme « néoréactionnaire », propose d’en finir avec l’idée démocratique et de structurer le gouvernement comme une entreprise dirigée par un monarque absolu.

Tout peuple qui s’endort en liberté se réveillera en servitude

C’est l’avertissement du philosophe Alain. On ne bascule pas du jour au lendemain dans un régime autoritaire. Ceux qui, à travers l’histoire, y ont plongé, n’étaient pas beaucoup plus bête que nous. Pas plus cons ni plus méchants. On y glisse doucement, sans fracas, à force de petits renoncement et d’inconscience.

Ça commence par des mots vidés de leur sens, des réalités travesties, des discours qui banalisent ce qui ne devrait pas l’être. Et puis, un beau matin, on réalise que la démocratie n’existe plus. On n’est même pas stupéfait.e. On est impuissant.e. Aujourd’hui, entre deux saluts nazis, l’hommage d’une partie de la presse à un homme qui a dédié sa vie à la haine et à la division, une discrimination de plus en plus assumée des minorités, des menaces de mort répétées à l’encontre d’artistes, d’activistes, d’avocats, de journalistes, vous ne l’entendez pas ? La petite musique qui monte.

Cette musique, ce n’est pas une mélodie

C’est le bruit assourdissant de la sonnette d’alarme. Nous y sommes, à ce moment charnière, où nous pouvons encore réagir. Nous pouvons encore faire du bruit. Nous pouvons encore mettre en lumière les faits vérifiés pour déchirer l’obscurantisme qui menace. Nous pouvons encore dire haut et fort que nous ne voulons pas de ce monde là. Nous pouvons utiliser nos droits tant que nous les avons. Le droit d’informer, le droit de nous rassembler, le droit de créer, le droit de rire et de faire rire, le droit d’affirmer notre envie de solidarité, notre besoin d’humanité.

La démocratie ne meurt que si on la laisse mourir

Nous avons encore le droit de résister de toutes nos forces à ce vent de haine et d’intolérance ; après tout : la démocratie ne meurt que si on la laisse mourir. Pour reprendre les mots de Cyril Dion : « Il est peut être temps d’arrêter de se demander de quel côté de l’histoire nous aurions été à l’époque, pour se demander de quel côté nous voulons être aujourd’hui ».


Salomé Saqué |Droit dans les yeux |La Grande Libraire | France 5

Résister, c’est refuser de céder au désespoir

Ma résistance à moi, pour 2026, ce sera donc de rester plein gaz quand tout partira en brioche.

Bon, ma résistance, c’est pas Jean Moulin non plus, on est d’accord. L’idée générale c’est juste de refuser de se laisser écraser dominer par la peur la panique ou le renoncement. Garder la ouache. Ne pas faire semblant de. Ne pas nier la douleur. Décider de ne pas la laisser gagner. De continuer à voir ce qui tient encore debout, les petits bouts d’éclats de lumière, même quand l’ambiance générale tire gravement vers le dark.

Parce qu’en face, faut reconnaître : ça pousse fort. Les guerres culturelles de l’extrême droite, leurs discours identitaires bien rodés, leur présence partout — dans les médias, les réseaux, les milieux d’affaires — finissent par me coller les chocottes. Pas que moi. Pour nous, les fondu.e.s qui tiennent encore un petit peu à deux trois principes de libertés : l’horizon se rétrécit. Grave. La haine et la peur occupent le terrain ; la démocratie s’effrite doucement mais surement, là, maintenant, sous nos yeux, partout, on sent bien que nos libertés se rétrécissent à mesure que la fenêtre d’Overton devient une baie vitrée.

L’hymne à la joie

Même quand la gauche part en lambeaux et la droite à la rue (et inversement) ; quand les médias Bolloréo-réactionnaires carburent à pleine banane, que Coin-coin déconne à plein tuyaux et que le monde entier bascule, eh bien quelque chose résiste. Par en bas. Des collectifs, des assos, des syndicats, des artistes, des médias indépendants, des gens et des trucs s’organisent. Ça ne fait pas toujours la une, mais c’est bien réel. Cette résistance a besoin de bras, de têtes, d’argent, de solidarité. Et aussi, bien sûr, d’un peu de joie. Eh oui. Une joie têtue, pas niaise. Une joie qui tient debout, qui donne de l’énergie, qui empêche la peur de faire la loi. Parce que sans ça, on s’épuise. Et eux, ils n’attendent que ça. Je ne mépuiserais pas en 2026, et que ce premier texte de l’année serve au moins à bien caler ça bien droit : « Résister, c’est refuser de céder au désespoir« . On dira ce qu’on voudra sur Jean-Paul Sartre, mais celle-là, elle est de lui, et elle est pas mal.

Bonne année.

C’est les fêtes de fin d’année, on a encore bien le droit de rêver un petit peu ou bien ?

Entre géants technologiques et État surpuissant + la montée en flèche de l’extrème droite un petit peu partout, c’est terrible, horrible, mais c’est comme ça : un nouveau régime politique est en train de s’installer. Loin d’une simple crise de la démocratie, Asma Mhalla dénonce un « fascisme spectacle » et un « totalitarisme soft » où notre attention est la cible. Le cirque incessant de Coin-coin n’est pas qu’une mauvaise hallucination. Les boufons sous Ketamine sont en train de nous la coller dans les grandes largeurs. L’enchevêtrement redoutablement efficace entre technologies, grandes plateformes, pouvoir politique et puissance de l’argent montre comment cette alliance infiltre la politique, la géopolitique, nos vies quotidiennes, et dessine en creux plusieurs futurs possibles (globalement de merde).

Rien n’est écrit d’avance, mais une chose est sûre : comprendre est devenu une condition préalable pour agir.

L’Europe : arbitre sans sifflet

Dans ce contexte, l’Europe et la France apparaissent reléguées sur le banc de touche face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie. Faute de stratégie de puissance, l’Europe tente de contenir par le droit ce qu’elle ne maîtrise pas technologiquement. Et c’est peu dire que c’est pas grand chose. Mais bon.

Quel avenir bordel ?

Reste la question centrale : que faire ? Asma Mhalla explore plusieurs pistes — co-gouvernance transatlantique, retour du lien nation-armée, émergence d’un « Big Citizen » — autant de tentatives pour redistribuer les cartes du pouvoir et du débat démocratique. L’enjeu est clair : éviter d’être aspirés par l’hypervitesse et la fusion incontrôlée du réel et du virtuel. De mon point de vue, la sortie la plus crédible — mais bon — passe par la reconquête de notre indépendance. Quitte à faire un peu sourire mais je m’en fous, en 2026, avec mon copain Stéphane Chauvin : on lance notre propre IA.

Nous voulons faire de chaque territoire un territoire qui maîtrise mieux son rapport au numérique

J’ai passé une large partir de ma vie à battre et rebattre la campagne (j’habite à Niort dans les Deux-Sèvres) pour convaincre encore et encore les élu.e.s, patrons de boîtes, gens de prendre le numérique au sérieux. De son développement, à son hébergement, jusqu’à son usage concret dans la vie de ses habitant.e.s, ses entreprises et ses institutions locales. L’IA ne doit pas être une boîte noire inaccessible. Les réseaux sociaux ne doivent pas être q’une propagande dangereuse et toxique. Le numérique peut également être une technologie au service du bien commun, compréhensible, auditable et responsable. Par tous et pour tous. Pour ça, tournezou, virezou, une seule alternative : développer ça nous-mêmes, chez nous, ensemble. Voilà. C’est les fêtes de fin d’année, on a encore bien le droit de rêver un petit peu ou bien ?

Je vous embrasse, bonnes fêtes et à l’année prochaine.

La Maladie de Sachs (suite)

Mettons les choses au clair. Martin Winckler a très clairement répondu à mon précédent post sur son blog « Je regrette sincèrement la dédicace de « La Maladie de Sachs » le 12 novembre dernier.
Il a reconnu le problème.
Il a présenté des excuses publiques, écrites, assumées.
Sur ce point, je n’ai strictement rien à lui reprocher.

Le problème est désormais ailleurs.

À ce jour (mardi 30 décembre 2025), les éditions P.O.L. maintiennent en ligne, sur leur site, la dédicace originale de La Maladie de Sachs, mentionnant toujours le nom de Christian Koenig — l’homme qui a assassiné ma mère en 1992, condamné par contumace.

Ce n’est plus une question de débat.
Ce n’est plus une question d’ignorance.
Ce n’est plus une question d’auteur.
C’est une question d’exécution – si je puis m’exprimer ainsi*

Supprimer une dédicace d’une page web doit prendre environ deux minutes trente. Un coup de blanco sur l’écran et zou. Il n’y a ni obstacle technique, ni complexité juridique, ni aucune justification éditoriale valable. Juste une forme de paresse, oubli, inconséquence, on verra ça plus tard, trois petits points.

À partir du moment où l’auteur lui-même reconnaît que cette dédicace est une erreur, le maintien en ligne par l’éditeur devient un choix.

Et ce choix est, pour les proches de la victime, à force, pénible.

Je ne demande rien d’extraordinaire.
Je ne réclame ni excuses supplémentaires, ni discours, ni mise en scène.
Je demande simplement que cesse, aujourd’hui, l’exposition publique du nom d’un assassin sur le site d’un éditeur reconnu.

Il est temps que les équipes techniques de P.O.L. retirent leurs moufles.
Et fassent ce qui aurait déjà dû être fait. Depuis bien longtemps.

J’attends.

Capture d’écran réalisée à partir du site de l’éditeur : https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-86744-603-0 | Nous sommes le mardi 30 décembre 2025.

* Maman avait beaucoup d’humour.

Lydia : une IA locale et souveraine qui combine le meilleur des deux mondes

Genèse du projet

Avec Stéphane Chauvin, nous avons créé Lydia, un plugin WordPress qui répond à une question simple : et si votre site avait sa propre intelligence artificielle ?

Pas une IA générique connectée à un fonds de pension US sous kétamine. Non. Une IA locale qui connaît votre site, comprend votre contenu, et peut réellement aider vos visiteurs à s’orienter. Et dont vous connaissez au moins un des deux fondateurs puisque c’est moi 😃

Le principe est simple

Lydia combine trois sources de connaissances :

  1. Mistral AI – L’intelligence artificielle française, développée dans le respect des valeurs européennes
  2. Le contenu de votre site WordPress – Vos articles, vos pages, votre expertise
  3. Wikipedia (optionnel) – Pour enrichir les réponses avec des connaissances générales

Le résultat ? Une IA qui peut à la fois vous expliquer un concept général ET vous orienter vers le bon article de votre site. Le meilleur des deux mondes.

Pourquoi nous avons fait ça ?

Parce que nous croyons à la souveraineté numérique. Vos données restent chez vous. L’IA tourne sur votre serveur, utilise votre contenu, et répond à vos visiteurs. Rien n’est stocké ailleurs. Tout est transparent.

C’est aussi une façon concrète de montrer qu’on peut faire du numérique local, compréhensible, et maîtrisé. Pas besoin de dépendre d’une boîte noire US ou d’un algorithme opaque.

Comment ça marche (vraiment) ?

Quand un visiteur pose une question à Lydia :

  1. Le plugin cherche dans votre contenu WordPress les articles pertinents
  2. Il consulte Wikipedia si besoin (et si vous l’avez activé)
  3. Il envoie tout ça à Mistral AI avec la question
  4. Mistral génère une réponse en français, en citant ses sources
  5. Le visiteur obtient une réponse précise avec des liens vers vos pages

Techniquement, c’est du RAG (Retrieval Augmented Generation) appliqué à WordPress. Concrètement, c’est juste une IA qui sait de quoi elle parle quand elle parle de votre site.

Installation en 15 minutes

On a voulu que ce soit vraiment simple :

  1. Créez un compte gratuit sur Mistral AI
  2. Téléchargez le plugin
  3. Installez-le sur WordPress comme n’importe quel plugin
  4. Collez votre clé API Mistral
  5. Ajoutez simplement le code dans une page.

C’est tout. Lydia est en ligne. Exemple concret : https://jcgilbert.fr/lydia/

Ce que Lydia ne fait PAS

Soyons clairs pour éviter toute confusion :

  • ❌ Lydia ne modifie pas votre site
  • ❌ Elle ne stocke pas les conversations
  • ❌ Elle n’envoie pas vos données ailleurs qu’à Mistral (entreprise française, RGPD-compliant)
  • ❌ Elle ne fait pas le café (encore)

Open source et gratuit

Le plugin est 100% gratuit et le code est ouvert. Vous pouvez le modifier, l’adapter, l’améliorer. C’est fait pour être partagé.

Le seul coût, c’est l’API Mistral, qui fonctionne en pay-as-you-go. Mistral offre des crédits gratuits pour tester, et ensuite c’est environ 0,001 à 0,003€ par question. Pour vous donner une idée : 1000 visiteurs qui posent 2 questions chacun = 6 à 18€/mois selon le modèle choisi.

Pour aller plus loin

Si le projet vous intéresse, vous pouvez :

Pourquoi « Lydia » ?

Parce qu’une IA locale mérite un prénom. Simple, direct, mémorable. Et puis c’est plus sympa que « WordPress-RAG-Plugin-v1.0« .


Développé par Jean-Christophe Gilbert et Stéphane Chauvin
Propulsé par Mistral AI
Dans le cadre du projet IA1.fr – Intelligence Artificielle locale

Coin-coin et le porteninwouak quotidien

Quelques mots sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, qui formalise les uppercuts de J.D. Vance lors de la conférence de Munich en février dernier et le porteninwouak quotidien de Coin-coin.

1. Avec la complicité des droites identitaires européennes

D’abord, c’est une stratégie. Aussi débile et dangereuse soit-elle, elle assume son ingérence dans les affaires européennes pour en « corriger la trajectoire ». Avec la complicité des droites identitaires du continent, dont elle reprend les éléments de langage – le document parle d’un « effacement civilisationnel » et installe des barricades contre la « subversion culturelle » (comprendre, toute notion d’égalitarisme ou de droit républicain).

Cela signifie que les ingérences d’Elon Musk, et son soutien appuyé à l’AfD lors des dernières élections fédérales en Allemagne, n’étaient qu’un apéritif.

Du Venezuela au Honduras en passant par le Chili ou l’Argentine, les États-Unis renouent avec une tradition très interventionniste en Amérique latine ; quels seront les cobayes européens de ce colonialisme assumé ? J’ai ma petite idée là-dessus.

2. Le rejet commun du multilatéralisme

Ensuite, l’insistance sur l’État-nation comme « unité du système international », ainsi que le souligne Maya Kandel dans Mediapart. Ce prisme national-conservateur peut sembler incompatible avec les velléités sécessionnistes des technofascistes, qui veulent le dépasser et consteller le monde de leurs zones économiques spéciales.

Mais ces deux mouvements partagent le même rejet du multilatéralisme, des institutions et peut-être par-dessus tout, du droit international.


La Maison Blanche les fait tenir ensemble dans une formule qui synthétise sa feuille de route pour l’Occident : « Enlist and expand ». Autrement dit : enrôler des peuples dans un récit civilisationnel de domination, puis étendre une souveraineté fondée sur l’infrastructure et le contrôle des ressources en dévorant les zones à faible densité institutionnelle. Pensez au Groenland comme un ballon d’essai, et au plan pour l’IA de Trump comme son ambition hégémonique.

3. La synthèse Peter Thiel et J.D. Vance

Enfin, c’est pourquoi Peter Thiel – et sa créature politique J.D. Vance – catalysent le moment politique actuel : en fonctionnalisant cette friction entre la droite religieuse et le capital-risque, entre le langage théologique d’une Amérique fondée sur son alliance avec Dieu et le jargon du capitalisme financier, ils agrègent l’entreprise de démolition démocratique. Pour combien de temps ? Mystère.

Mais la séquence se durcit encore et toujours, avec son cortège d’ennemis désignés et d’amis conditionnels.


Note : Cette analyse sur les implications de la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine n’est pas de moi mais de Olivier Tesquet. Elle résonne profondément avec ma propre quête de compréhension des fractures politiques et idéologiques actuelles. Je la partage ici pour nourrir notre réflexion collective.

Ce n’est pas ton site qu’il faut optimiser. C’est la raison pour laquelle on y vient.

On passe souvent un temps de dingo à ajuster les moindres détails d’un site : changer une couleur, reformuler un bouton, déplacer un bloc de texte… normal : on veut que tout soit parfait. Mais en réalité : ce n’est pas là que se joue la différence.

Le vrai problème, ce n’est pas la page d’accueil

Tu peux avoir le plus beau site du monde, rapide, fluide, hyper design. Si les gens qui arrivent dessus ne cherchent pas vraiment ce que tu proposes, tu ne vendras pas plus. On confond souvent “optimiser son site” et “optimiser son intention”. Ton site, c’est juste la vitrine. Mais ce qui attire les bonnes personnes, c’est ton message, ta clarté, et l’énergie pour ne pas dire l’amour que tu mets dans ton offre.

Attire les bonnes personnes, pas tout le monde

Tu ne peux pas “convertir” quelqu’un qui n’a pas besoin de toi. Par contre, si ton positionnement est clair, si ton univers parle à ta cible, les bonnes personnes viendront à toi naturellement — et là, ton site fera son travail sans effort.

Construis le système avant de peaufiner le dernier pixel

Quand ton écosystème est cohérent — ton offre, ton ton, tes canaux, ton contenu, tes médias sociaux – alors les résultats suivent, sans avoir besoin de retoucher la dernière virgule de ton site. Parce qu’un bon site web, ce n’est pas une vitrine parfaite. C’est un point d’entrée cohérent dans une expérience globale : ton univers, ton approche, ta façon de résoudre les problèmes des gens.

Alors avant de refaire ta homepage pour la 15e fois, demande-toi :

  • Qu’est-ce qu’ils cherchent vraiment ?
  • Pourquoi les gens viendraient sur mon site ?
  • Est-ce que je leur parle à eux, ou à tout le monde ?

C’est là que commence le vrai travail. J’appelle ça : la raison d’être.


Ce texte m’a été inspiré par un super post de Seth Godin #komdab

La Maladie de Sachs : une dédicace qui fait tache

En 1998, Martin Winckler publiait La Maladie de Sachs aux éditions P.O.L.
Le roman, immense succès critique et public (600 000 exemplaires traduit dans 16 langues), a marqué toute une génération de lecteurs par sa justesse et sa vision du soin. Mais pour moi, derrière ces pages admirées, se cache une douleur très ancienne. Dans la dédicace du livre, l’auteur écrit ces mots :

“À Pierre Bernachon,
Christian Koenig,
Olivier Monceaux
et Ange Zaffran,
qui savaient raconter aussi bien qu’ils soignaient.”

Or, Christian Koenig n’est pas un simple confrère ou ami de l’auteur (en fait, c’est son beau père). C’est l’homme qui a assassiné ma mère en 1992, dans un crime passionnel et prémédité. Il a été condamné par contumace, mais n’a jamais été retrouvé. Depuis plus de trente ans, je me trimballe avec ce vide, cette injustice, et bon, aujourd’hui : ça suffit.

J’ai bien contacté Martin Winckler au siècle dernier pour lui demander, avec respect, de retirer cet assassin de ses dédicaces dans les rééditions. Il m’a répondu que bof. Je n’avais pas la force d’insister à l’époque. J’ai refais une tentative il y a une dizaine d’année. Timide et sans succès. Les années ont passé. J’ai 62 ans aujourd’hui, et je n’ai plus le luxe ni l’envie ni le temps de taire ce qui me gonfle grave en fait. J’ai donc renouvelé ma demande en octobre dernier, directement via le site de l’auteur. Je viens également d’écrire à son éditeur.


Soyons clair : je ne conteste pas l’œuvre ni la liberté artistique de Martin Winckler. Je ne réclame pas vengeance, pognon ou je-ne-sais-quoi — seulement le respect de la mémoire de maman, de ses quatre enfants, de ses cinq petits-enfants et de ses trois arrière-petits-enfants #workinprogress. Il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de s’indigner qu’un criminel condamné par la justice continue d’être ainsi glorifié à la une d’une œuvre littéraire. En 2025. Pas glop.

Je considère tout simplement insoutenable qu’un assassin puisse encore être cité en dédicace d’un bouquin.

Autrement dit, Monsieur Winckler, l’éditeur POL, Pierre, ou Jacques : virez-moi le nom de cet assassin des dédicaces des futures éditions de ce bouquin, je peux pas être plus clair.

Merci d’avance. Et soyez assuré d’un truc : je ne lâcherai plus jamais.

Maman & moi, au Maroc, quelque part aux alentours de 1977/78
Maman & moi, au Maroc, quelque part aux alentours de 1977/78

PS. : Martin Winckler évoque l’assassinat ici
https://www.martinwinckler.com/Relation-de-soin-temoignage-et-confidentialite

Asma Mhalla : «Les réseaux sociaux sont des technologies d’organisation de milices numériques»

Sur la question de la nature des réseaux sociaux, ils ne sont par nature, pas du tout un espace informationnel. C’était des plateformes privées pour faire du divertissement, créer du lien, c’était la promesse de Facebook, etc. Ce n’était pas un média initialement, ça n’avait pas cette vocation. Ce sont des espaces dits publics mais qui pourtant sont aujourd’hui des plateformes privées. Donc il y a un mélange des genres et une promesse qui en fait est l’objet d’une confusion. Ça c’est la première chose.

Et la deuxième chose, c’est pas binaire, c’est pas exclusif, c’est pas « l’un ou l’autre », c’est pas Twitter avant Musk, puis Twitter après Musk, c’est l’un et l’autre.

C’est-à-dire que Twitter avait déjà un problème de modération avant, disons, comme n’importe quelle plateforme, mais que ce qu’apporte Elon Musk, c’est une strate idéologique supplémentaire qui, en fait, filtre davantage, biaise davantage, invisibilise ou survisibilise davantage certaines idées, certains comptes, certaines idéologies, et devient un mégaphone extraordinaire. Ce qui fait que ce n’est plus simplement un réseau social, ce n’est plus même pas une plateforme privée. Ce sont aujourd’hui des technologies de masse, de propagande, d’embrigadement, de recrutement, de polarisation et enfin d’organisation de milices numériques. Et ça, il faut le dire.