Bon, ayé, il ne se passe plus une soirée où l’on vienne me ziner avec « Ouais mais taoua une conversation avec ChatGPT ça consomme l’équivalent d’une bouteille d’eau taoua ?»
La panique est servie.
C’est spectaculaire.
C’est anxiogène.
Ça clique bien.
Mais c’est une lecture biaisée des ordres de grandeur physiques.
Et quand on rate les ordres de grandeur, on rate le débat.
Respirons deux minutes.
La fameuse “bouteille d’eau”
Oui, l’IA consomme de l’eau.
Oui, les serveurs doivent être refroidis.
Mais parlons chiffres.
Une requête ChatGPT, c’est environ 17 millilitres d’eau (consommée ou évaporée).
Un T-shirt en coton ? 10 000 litres d’eau pour l’irrigation.
Faites le ratio.
Un seul T-shirt = 580 000 questions posées à une IA.
Si vous faites 100 requêtes par jour, il vous faudra 16 ans pour égaler l’impact hydrique de votre dernier achat textile.
On tolère l’industrie de la mode.
On dramatise un prompt.
Problème d’échelle.
Le steak pulvérise le chatbot
“Ouais mais le CO₂ taoua…”
D’accord. L’IA consomme de l’électricité.
Mais même en usage intensif (100 requêtes par jour pendant toute votre vie), vous émettrez deux fois moins de carbone que la consommation moyenne de bœuf d’un Français… sur une seule année.
Une année.
On sanctuarise l’assiette.
On diabolise l’algorithme.
Encore une question d’ordre de grandeur.
Le vrai sujet : la vitesse, pas le volume
Est-ce que l’IA est neutre écologiquement ? Evidemment non.
Mais le risque climatique n’est pas qu’elle “mange tout”.
Le risque, c’est la vitesse d’augmentation de la demande électrique, surtout aux États-Unis, plus rapide que le déploiement des renouvelables.
Conséquence : on retarde la fermeture de centrales à charbon pour absorber les pics.
Le sujet n’est pas “l’IA va détruire la planète”.
Le sujet est : comment on gère les pics de charge et le mix énergétique.
C’est un problème de pilotage.
De dispatchable.
De planification industrielle.
Pas un cataclysme physique.
Ce qu’on oublie systématiquement
L’IA n’est pas qu’un centre de coûts énergétiques.
C’est aussi un accélérateur.
- Optimisation des réseaux électriques
- Modélisation climatique
- Recherche pharmaceutique
- Optimisation logistique
- Réduction de gaspillage
Ou oui… génération de photos de chats.
L’outil est neutre.
L’usage ne l’est pas.
Arrêtons la loupe émotionnelle et les tombereaux de conneries au kilomètre
L’IA n’est pas un monstre énergétique.
C’est un défi de gestion de puissance instantanée.
Et pendant qu’on s’indigne sur 17 millilitres, on ignore les 10 000 litres.
La sobriété numérique est nécessaire.
Mais la cohérence écologique l’est encore plus.
Notre impact sur les frontières planétaires vient d’abord de :
- notre alimentation
- notre textile
- nos transports
- notre immobilier
Pas de nos prompts.
Texte très largement inspiré d'un super post de Maximilen Plantagenet et son bouquin : "Les spaghettis du climat"
https://www.spaghettis-du-climat.fr/
