Je suis entré dans la Sagrada Família en touriste. J’en suis ressorti autrement.
Je ne saurais pas dire ce qui s’est passé. Oublié. Un truc est sûr et certain : je n’avais rien demandé, je ne croyais à rien. J’étais athée, peinard, comme on est droitier ou gaucher. Et puis il y a eu cette sensation, ce truc curieux, singulier, ce silence dans le bruit, et quelque chose qui a cédé. Je n’ai pas de mot pour ça et j’ai mis un an pour comprendre. Alors aujourd’hui je dis « mystique » en sachant que le mot est trop grand et pas assez précis. Bref. Il a fallu que je me fasse baptiser. Deux ans après ; en 2019 – à l’âge on va dire canonique de 57 ans.
Ce qui m’a surpris, c’est « l’avant bapême ». Oui, pour info, on ne se fait pas baptiser en cochant une case sur un site à la con genre bapteme.com. Il y a le catéchuménat : deux ans. Deux ans à lire, à douter, à revenir, à se demander ce qu’on fabrique là (rarement, mais ça arrive). Deux ans pendant lesquels personne ne vous presse et personne ne vous retient. Une réunion par mois. C’est long, et c’était exactement ce qu’il me fallait.
Au bout de ces deux ans, la veille du baptême, on te pose deux questions. Deux. Après sept cents jours de préparation.
Qu‘est-ce qui t’a amené jusqu’au baptême ?
— La foi.
Et qu’est-ce que tu attends de ce baptême ?
— La vie éternelle.
Voilà. C’est tout. On met deux ans à arriver à trois mots, et ils tiennent dans un souffle. Ce morceau porte ce nom. Il n’a pas de paroles. Il n’en a pas besoin.