Tout peuple qui s’endort en liberté se réveillera en servitude

C’est l’avertissement du philosophe Alain. On ne bascule pas du jour au lendemain dans un régime autoritaire. Ceux qui, à travers l’histoire, y ont plongé, n’étaient pas beaucoup plus bête que nous. Pas plus cons ni plus méchants. On y glisse doucement, sans fracas, à force de petits renoncement et d’inconscience.

Ça commence par des mots vidés de leur sens, des réalités travesties, des discours qui banalisent ce qui ne devrait pas l’être. Et puis, un beau matin, on réalise que la démocratie n’existe plus. On n’est même pas stupéfait.e. On est impuissant.e. Aujourd’hui, entre deux saluts nazis, l’hommage d’une partie de la presse à un homme qui a dédié sa vie à la haine et à la division, une discrimination de plus en plus assumée des minorités, des menaces de mort répétées à l’encontre d’artistes, d’activistes, d’avocats, de journalistes, vous ne l’entendez pas ? La petite musique qui monte.

Cette musique, ce n’est pas une mélodie

C’est le bruit assourdissant de la sonnette d’alarme. Nous y sommes, à ce moment charnière, où nous pouvons encore réagir. Nous pouvons encore faire du bruit. Nous pouvons encore mettre en lumière les faits vérifiés pour déchirer l’obscurantisme qui menace. Nous pouvons encore dire haut et fort que nous ne voulons pas de ce monde là. Nous pouvons utiliser nos droits tant que nous les avons. Le droit d’informer, le droit de nous rassembler, le droit de créer, le droit de rire et de faire rire, le droit d’affirmer notre envie de solidarité, notre besoin d’humanité.

La démocratie ne meurt que si on la laisse mourir

Nous avons encore le droit de résister de toutes nos forces à ce vent de haine et d’intolérance ; après tout : la démocratie ne meurt que si on la laisse mourir. Pour reprendre les mots de Cyril Dion : « Il est peut être temps d’arrêter de se demander de quel côté de l’histoire nous aurions été à l’époque, pour se demander de quel côté nous voulons être aujourd’hui ».


Salomé Saqué |Droit dans les yeux |La Grande Libraire | France 5

Résister, c’est refuser de céder au désespoir

Ma résistance à moi, pour 2026, ce sera donc de rester plein gaz quand tout partira en brioche.

Bon, ma résistance, c’est pas Jean Moulin non plus, on est d’accord. L’idée générale c’est juste de refuser de se laisser écraser dominer par la peur la panique ou le renoncement. Garder la ouache. Ne pas faire semblant de. Ne pas nier la douleur. Décider de ne pas la laisser gagner. De continuer à voir ce qui tient encore debout, les petits bouts d’éclats de lumière, même quand l’ambiance générale tire gravement vers le dark.

Parce qu’en face, faut reconnaître : ça pousse fort. Les guerres culturelles de l’extrême droite, leurs discours identitaires bien rodés, leur présence partout — dans les médias, les réseaux, les milieux d’affaires — finissent par me coller les chocottes. Pas que moi. Pour nous, les fondu.e.s qui tiennent encore un petit peu à deux trois principes de libertés : l’horizon se rétrécit. Grave. La haine et la peur occupent le terrain ; la démocratie s’effrite doucement mais surement, là, maintenant, sous nos yeux, partout, on sent bien que nos libertés se rétrécissent à mesure que la fenêtre d’Overton devient une baie vitrée.

L’hymne à la joie

Même quand la gauche part en lambeaux et la droite à la rue (et inversement) ; quand les médias Bolloréo-réactionnaires carburent à pleine banane, que Coin-coin déconne à plein tuyaux et que le monde entier bascule, eh bien quelque chose résiste. Par en bas. Des collectifs, des assos, des syndicats, des artistes, des médias indépendants, des gens et des trucs s’organisent. Ça ne fait pas toujours la une, mais c’est bien réel. Cette résistance a besoin de bras, de têtes, d’argent, de solidarité. Et aussi, bien sûr, d’un peu de joie. Eh oui. Une joie têtue, pas niaise. Une joie qui tient debout, qui donne de l’énergie, qui empêche la peur de faire la loi. Parce que sans ça, on s’épuise. Et eux, ils n’attendent que ça. Je ne mépuiserais pas en 2026, et que ce premier texte de l’année serve au moins à bien caler ça bien droit : « Résister, c’est refuser de céder au désespoir« . On dira ce qu’on voudra sur Jean-Paul Sartre, mais celle-là, elle est de lui, et elle est pas mal.

Bonne année.