Quelques mots sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, qui formalise les uppercuts de J.D. Vance lors de la conférence de Munich en février dernier et le porteninwouak quotidien de Coin-coin.
1. Avec la complicité des droites identitaires européennes
D’abord, c’est une stratégie. Aussi débile et dangereuse soit-elle, elle assume son ingérence dans les affaires européennes pour en « corriger la trajectoire ». Avec la complicité des droites identitaires du continent, dont elle reprend les éléments de langage – le document parle d’un « effacement civilisationnel » et installe des barricades contre la « subversion culturelle » (comprendre, toute notion d’égalitarisme ou de droit républicain).
Cela signifie que les ingérences d’Elon Musk, et son soutien appuyé à l’AfD lors des dernières élections fédérales en Allemagne, n’étaient qu’un apéritif.
Du Venezuela au Honduras en passant par le Chili ou l’Argentine, les États-Unis renouent avec une tradition très interventionniste en Amérique latine ; quels seront les cobayes européens de ce colonialisme assumé ? J’ai ma petite idée là-dessus.
2. Le rejet commun du multilatéralisme
Ensuite, l’insistance sur l’État-nation comme « unité du système international », ainsi que le souligne Maya Kandel dans Mediapart. Ce prisme national-conservateur peut sembler incompatible avec les velléités sécessionnistes des technofascistes, qui veulent le dépasser et consteller le monde de leurs zones économiques spéciales.
Mais ces deux mouvements partagent le même rejet du multilatéralisme, des institutions et peut-être par-dessus tout, du droit international.
La Maison Blanche les fait tenir ensemble dans une formule qui synthétise sa feuille de route pour l’Occident : « Enlist and expand ». Autrement dit : enrôler des peuples dans un récit civilisationnel de domination, puis étendre une souveraineté fondée sur l’infrastructure et le contrôle des ressources en dévorant les zones à faible densité institutionnelle. Pensez au Groenland comme un ballon d’essai, et au plan pour l’IA de Trump comme son ambition hégémonique.
3. La synthèse Peter Thiel et J.D. Vance
Enfin, c’est pourquoi Peter Thiel – et sa créature politique J.D. Vance – catalysent le moment politique actuel : en fonctionnalisant cette friction entre la droite religieuse et le capital-risque, entre le langage théologique d’une Amérique fondée sur son alliance avec Dieu et le jargon du capitalisme financier, ils agrègent l’entreprise de démolition démocratique. Pour combien de temps ? Mystère.
Mais la séquence se durcit encore et toujours, avec son cortège d’ennemis désignés et d’amis conditionnels.
Note : Cette analyse sur les implications de la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine n’est pas de moi mais de Olivier Tesquet. Elle résonne profondément avec ma propre quête de compréhension des fractures politiques et idéologiques actuelles. Je la partage ici pour nourrir notre réflexion collective.
- La doctrine en question : https://www.whitehouse.gov/issues/national-security/
