Musique

J’ai fabriqué un morceau de blues avec une IA. Voici tous mes prompts.

8 septembre 2026 Jean-Christophe Gilbert 3 min read

Je voulais un morceau. Pas pour le vendre, pas pour une démonstration client — juste pour voir. J’ai bossé avec Suno, un générateur de musique par intelligence artificielle. Voici ce que j’y ai appris, prompts compris.

Premier essai : l’échec instructif

Mon idée de départ était simple à formuler et impossible à obtenir : quelque chose entre Massive Attack et Jimi Hendrix. Le groove lourd des uns, la guitare saturée de l’autre.

Sauf qu’on ne peut pas écrire ça. Suno filtre les noms d’artistes — impossible de demander « à la manière de ». Il faut décrire le son lui-même.

J’ai donc traduit :

downtempo dub sombre, batterie live traînante, basse ronde saturée,
solo de guitare fuzz noyé de reverb, cordes menaçantes, instrumental,
80 BPM, no vocal

Résultat : quatre versions correctes et parfaitement ennuyeuses. Techniquement conforme, musicalement plat. Six minutes qui tournent en rond.

Première leçon : un prompt exact ne garantit rien. Il décrit une intention, pas un résultat.

Deuxième essai : changer complètement de direction

J’ai abandonné le trip-hop pour un terrain plus franc : du blues rock texan, tempo lent, banjo et guitare très saturée. Le prompt :

banjo résonateur et guitare fuzz, blues rock texan lent, shuffle boogie, guitare électrique fuzz très saturée, slide bottleneck, banjo résonateur en contrepoint, basse épaisse, batterie sèche et paresseuse, ambiance désert poussiéreux, grain analogique, 68 BPM, no vocal

Deux détails qui ont tout changé.

L’ordre des mots compte.
Le banjo et la guitare saturée se disputent le même espace sonore, et l’IA en sacrifie un. En plaçant « banjo résonateur » en tête de prompt, il survit au mixage.

La structure se déclare séparément.
Même pour un instrumental, j’ai rempli le champ Paroles avec des balises :

[intro banjo seul]
[entrée du groove]
[riff principal]
[solo slide]
[breakdown banjo et batterie]
[riff final]
[outro]

Ce que ça m’a coûté

Le plan gratuit permet de générer autant qu’on veut. Il ne permet pas de télécharger quoi que ce soit — zéro fichier, quel que soit le format. On peut écouter et partager un lien, c’est tout.

J’ai pris l’abonnement Pro à 9 € par mois. Ce que ça débloque vraiment : le WAV non compressé, les pistes séparées, et surtout les droits d’utilisation commerciale. Ce dernier point est le seul qui compte si le morceau doit un jour habiller une vidéo professionnelle.

La partie que j’avais sous-estimée #komdab

Le morceau fait 3 min 49. Suno fournit une vidéo avec la pochette, fixe. Inutilisable sur les formats verticaux : une image immobile ne retient personne.

J’ai simplement inversé l’ordre. Le montage n’a pas changé d’un pixel par ailleurs.

J’ai monté un clip de 30 secondes : plan sur une platine vinyle, terre craquelée, textures sépia. Ma première version ouvrait sur la texture abstraite et gardait la platine pour la fin. Erreur. Sur ces formats, les trois premières secondes décident de tout — et c’est la platine qui dit « musique » immédiatement.

Ce que j’en retiens

Impossible de demander « du Hendrix ». Il faut savoir écrire « slide bottleneck », « shuffle boogie », « grain analogique ». Autrement dit : il faut connaître le vocabulaire du domaine.

C’est exactement ce que je constate avec les dirigeants que j’accompagne. L’IA ne remplace pas la compétence, elle la révèle. Celui qui ne sait pas nommer ce qu’il veut n’obtient rien d’utilisable — juste quelque chose de générique, produit vite, et qui ressemble à ce que tout le monde obtient.

Le vrai travail n’est pas dans l’outil. Il est dans la précision de la demande.

Morceau généré avec Suno. Montage vidéo réalisé sous Canva.