En 1998, Martin Winckler publiait La Maladie de Sachs aux éditions P.O.L.
Le roman, immense succès critique et public (600 000 exemplaires traduit dans 16 langues), a marqué toute une génération de lecteurs par sa justesse et sa vision du soin. Mais pour moi, derrière ces pages admirées, se cache une douleur très ancienne. Dans la dédicace du livre, l’auteur écrit ces mots :
“À Pierre Bernachon,
Christian Koenig,
Olivier Monceaux
et Ange Zaffran,
qui savaient raconter aussi bien qu’ils soignaient.”

Or, Christian Koenig n’est pas un simple confrère ou ami de l’auteur (en fait, c’est son beau père). C’est l’homme qui a assassiné ma mère en 1992, dans un crime passionnel et prémédité. Il a été condamné par contumace, mais n’a jamais été retrouvé. Depuis plus de trente ans, je me trimballe avec ce vide, cette injustice, et bon, aujourd’hui : ça suffit.
J’ai bien contacté Martin Winckler au siècle dernier pour lui demander, avec respect, de retirer cet assassin de ses dédicaces dans les rééditions. Il m’a répondu que bof. Je n’avais pas la force d’insister à l’époque. J’ai refais une tentative il y a une dizaine d’année. Timide et sans succès. Les années ont passé. J’ai 62 ans aujourd’hui, et je n’ai plus le luxe ni l’envie ni le temps de taire ce qui me gonfle grave en fait. J’ai donc renouvelé ma demande en octobre dernier, directement via le site de l’auteur. Je viens également d’écrire à son éditeur.
Soyons clair : je ne conteste pas l’œuvre ni la liberté artistique de Martin Winckler. Je ne réclame pas vengeance, pognon ou je-ne-sais-quoi — seulement le respect de la mémoire de maman, de ses quatre enfants, de ses cinq petits-enfants et de ses trois arrière-petits-enfants #workinprogress. Il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de s’indigner qu’un criminel condamné par la justice continue d’être ainsi glorifié à la une d’une œuvre littéraire. En 2025. Pas glop.
Je considère tout simplement insoutenable qu’un assassin puisse encore être cité en dédicace d’un bouquin.
Autrement dit, Monsieur Winckler, l’éditeur POL, Pierre, ou Jacques : virez-moi le nom de cet assassin des dédicaces des futures éditions de ce bouquin, je peux pas être plus clair.
Merci d’avance. Et soyez assuré d’un truc : je ne lâcherai plus jamais.

PS. : Martin Winckler évoque l’assassinat ici
https://www.martinwinckler.com/Relation-de-soin-temoignage-et-confidentialite
