Ok. Vu. Bien vu et bien re-revu. Les vitrines cassées, les poubelles qui flambent, les bâtiments publics incendiés, les gamins cagoulés. Scandaleux. D’accord. C’est vrai. Seulement – car il y a un seulement – cette violence ne tombe pas du ciel un samedi après-midi, comme ça, par hasard. Elle a une adresse. Mieux : elle en a même deux.
Première adresse : le pouvoir.
On manifeste gentiment. On défile, on chante, on pétitionne à deux millions, on brandit des pancartes, on vote. Réponse ? Le 49.3. Pas de vote, pas de débat. Les syndicats ? On les reçoit pour la photo, on ne les écoute pas. Et quand la rue insiste, on envoie les CRS. Toujours la même partition, trois notes : autorité, autorité, matraque.
Ça aussi, c’est de la violence. Elle ne casse pas de vitrines. Elle casse autre chose : la confiance. Quand toutes les portes du dialogue sont verrouillées de l’intérieur, faut pas s’étonner que certain.e.s finissent par passer par la fenêtre. Je ne dis pas que c’est bien. C’est mal. Mais je dis par contre que c’est mécanique. Un gouvernement sourd comme un pot fabrique des gens qui gueulent. Puis des gens qui cognent. C’est mécanique. Comme une orange.
Deuxième adresse : le frigo vide
Le plein, l’électricité, le caddie. Tout a pris l’ascenseur. Les salaires, eux, ont pris l’escalier. Avec une jambe dans le plâtre.
La « vie chère », pour un économiste, c’est une courbe. Pour une mère seule à la caisse, c’est reposer la barquette de viande. C’est le chauffage à 17 degrés et un pull de plus. Pour un salarié, c’est bosser à plein temps et finir le mois dans le rouge (le 15). Je parle pas de l’essence, c’est mieux.
Ça aussi, c’est de la violence. Quotidienne, silencieuse, sans images au 20 heures. Et pendant ce temps, l’État regarde ailleurs. Ou pire : il explique que ça va mieux. Celui qui ne peut plus vivre de son travail n’a plus grand-chose à perdre. C’est lui qui bloque. Pas par caprice. Par urgence.
Alors oui, il y a de la casse.
Mais confondre la fièvre et la maladie, c’est le métier des mauvais médecins. La violence de la rue n’est pas la cause de la crise. C’est le symptôme. Elle naît du croisement de deux autres violences, plus discrètes et mieux habillées : celle des fins de mois, et celle d’un pouvoir qui préfère le passage en force au compromis.
On peut toujours envoyer plus de flics. On peut aussi baisser la facture et rouvrir la porte. Je dis ça, je dis rien. Je ne suis qu’un vieux con.